Faux coup d’État en France : la vidéo virale qui a piégé Facebook… et la réaction de Macron

Depuis quelques jours, une vidéo circule massivement sur Facebook et d’autres plateformes, annonçant un prétendu coup d’État en France et la “chute” imminente du président Emmanuel Macron. Le contenu, présenté comme une séquence journalistique crédible, a généré des millions de vues et a provoqué des réactions jusque dans l’entourage présidentiel.

Mais derrière cette séquence sensationnaliste, une réalité beaucoup plus simple : il s’agit d’un deepfake, c’est-à-dire une vidéo truquée produite grâce à l’intelligence artificielle.

Alors que l’Élysée s’est emparé du sujet, cette affaire relance une question majeure : faut-il une nouvelle loi contre ce type de désinformation, ou le droit actuel est-il déjà suffisant ?


Une fausse vidéo virale annonçant un coup d’État

Le scénario de la vidéo est simple, mais efficace : une journaliste supposément en direct près de l’Élysée affirme qu’un colonel aurait pris le pouvoir, et que le président Macron serait sur le point d’être renversé.

Le message est construit pour ressembler à un flash info, avec un ton alarmiste, des détails précis… et un réalisme suffisant pour semer le doute chez certains internautes.

À ce stade, aucun communiqué officiel n’a évidemment confirmé un quelconque événement de ce type. Et pour cause : tout est faux.


Macron évoque une “ingérence étrangère”

Lors d’une conférence donnée au journal La Provence, Emmanuel Macron a évoqué cet épisode comme un exemple concret de désinformation et d’ingérence étrangère.

Il raconte notamment qu’un collègue africain lui aurait envoyé un message inquiet :

“Cher président, qu’est-ce qui se passe chez vous ? Je suis très inquiet.”

Le président explique ensuite que cette vidéo a été tellement virale qu’il a demandé à son équipe de tenter un retrait rapide auprès de la plateforme.

Et il conclut, avec une formule ambiguë :

“Alors nous ça nous fait marrer.”


Deepfake ou ingérence : une confusion juridique ?

Le problème, selon plusieurs observateurs, c’est que Macron présente cette vidéo comme une “ingérence étrangère”, alors qu’il s’agirait plutôt d’un deepfake créé par un jeune au Burkina Faso, simplement pour faire connaître son activité de création de vidéos IA.

Autrement dit : pas forcément une opération politique coordonnée, mais plutôt une démonstration virale… qui a dépassé son auteur.

Cette nuance est importante, car elle pose une question centrale :

👉 Une vidéo IA faite depuis l’étranger est-elle automatiquement une ingérence ?
Pas forcément.


Licite ou illicite : un discours contradictoire ?

Autre point soulevé : le président semble hésiter entre deux positions.

D’un côté, il affirme que la vidéo est tellement absurde qu’elle fait rire :

“Nous ça nous fait marrer.”

Mais de l’autre, il affirme qu’elle représente un danger pour la démocratie et la sécurité publique.

Or, juridiquement, la question est essentielle :

  • Si c’est un contenu “évidemment faux”, il est difficile de justifier une répression lourde.

  • Si c’est un contenu dangereux, alors il faut pouvoir agir rapidement.

Cette contradiction alimente un débat : où placer la limite entre la satire, la désinformation et le risque réel ?


PHAROS, Facebook, et le retrait refusé

Emmanuel Macron affirme également avoir demandé un retrait via PHAROS, la plateforme de signalement française.

Mais selon plusieurs analyses, PHAROS n’est pas compétent pour demander le retrait de ce type de contenu, car son champ d’action concerne principalement :

  • les contenus pédopornographiques

  • les contenus terroristes

  • certaines infractions graves

Il n’est donc pas surprenant que Facebook (Meta) ait répondu que la vidéo :

“ne contrevient pas aux règles d’utilisation”

Résultat : refus de retrait, malgré la viralité.


Macron propose une nouvelle loi pour retirer plus vite ce type de contenu

Suite à cette affaire, Emmanuel Macron propose l’idée d’une nouvelle loi permettant de retirer rapidement les contenus manifestement faux qui :

  • déstabilisent le débat public

  • mettent en danger la sécurité publique

  • provoquent un chaos informationnel

L’objectif affiché : ne pas laisser les plateformes décider seules, et mettre en place une procédure claire, votée par le législateur, au niveau français et européen.


Pourtant, des lois existent déjà en France et en Europe

C’est là que le débat devient intéressant.

Car contrairement à ce que laisse entendre le président, il existe déjà un arsenal juridique conséquent :

✅ En France

  • L’infraction de “montage” prévue dans le code pénal (adaptée aux contenus truqués)

  • Les textes contre les fausses nouvelles troublant l’ordre public

✅ En Europe

  • Le code de conduite contre la désinformation

  • Le règlement européen sur l’intelligence artificielle (AI Act)

Ce dernier prévoit notamment qu’à partir d’août 2026, les contenus générés ou modifiés par IA devront être accompagnés d’une forme de transparence, indiquant qu’il s’agit d’un contenu artificiel.


Une nouvelle loi : utile… ou dangereuse ?

Certains estiment qu’une nouvelle infraction serait inutile.

Pourquoi ?

Parce que si un contenu est “manifestement faux”, alors en théorie, personne n’y croit.

Et surtout, le droit français prévoit déjà une exception importante :

👉 il n’y a pas d’infraction si le montage est évident.

Donc une nouvelle loi pourrait créer un doublon, voire un flou juridique.


Le vrai risque : limiter la liberté d’expression sous le coup de l’émotion

Le point le plus sensible reste celui-ci : en voulant lutter contre les deepfakes, on risque de créer une loi trop large qui pourrait :

  • censurer des contenus satiriques

  • limiter la liberté d’expression

  • renforcer le pouvoir de retrait administratif

  • donner un outil dangereux en cas d’abus politique

Le tout sous prétexte de “sécurité publique”.


Conclusion : faut-il une loi anti-deepfake en plus ?

Cette affaire montre surtout une chose : la désinformation via IA est déjà là, et elle peut devenir virale en quelques heures.

Mais elle révèle aussi une autre réalité :

📌 Le problème n’est pas forcément l’absence de lois, mais l’application rapide et claire des règles existantes, ainsi que la responsabilité des plateformes.

La question reste ouverte :

👉 Faut-il vraiment une nouvelle loi… ou simplement mieux utiliser celles qui existent déjà ?

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