La crise sanitaire liée au COVID‑19 n’a pas seulement bouleversé nos systèmes de santé. Elle a également profondément affecté l’exercice de la liberté d’expression, en particulier sur les grandes plateformes numériques.
Durant cette période, des milliers d’articles, de vidéos et de comptes ont été supprimés, déréférencés, démonétisés ou rendus invisibles par des mécanismes de « shadow banning », souvent sans information claire ni contradictoire pour leurs auteurs. Ces suppressions visaient principalement des contenus critiquant la politique sanitaire des autorités publiques.
Longtemps qualifiées de théories complotistes, les accusations de censure gouvernementale viennent aujourd’hui d’être confirmées par les plateformes elles‑mêmes.
Après Twitter et Meta, c’est désormais la société Alphabet, maison mère de Google et YouTube, qui reconnaît avoir subi des pressions de l’administration Biden pour censurer certains contenus.
Concernant Twitter, ces révélations ont émergé à travers les « Twitter Files », des documents internes rendus publics après le rachat de la plateforme par Elon Musk en octobre 2022. Ces documents montrent comment l’administration américaine est intervenue directement dans les processus de modération des contenus liés au COVID‑19.
S’agissant de Meta, Mark Zuckerberg a reconnu en août 2024 des pressions exercées sur Facebook et Instagram. Cette reconnaissance figure dans une lettre adressée à Jim Jordan, président de la commission judiciaire de la Chambre des représentants des États‑Unis, chargée depuis 2023 d’une enquête parlementaire sur les grandes plateformes.
Dans cette lettre, le dirigeant de Meta indique clairement :
« En 2021, des hauts responsables de l’administration Biden […] ont exercé à plusieurs reprises des pressions sur nos équipes pour censurer certains contenus liés au COVID‑19. Je pense que ces pressions gouvernementales étaient mauvaises, et je regrette que nous n’ayons pas été plus francs à ce sujet. »
Dernière révélation en date : le 23 septembre 2025, les avocats de la société Alphabet ont adressé une lettre à Jim Jordan reconnaissant des pressions similaires concernant la modération de contenus sur YouTube.
Dans ce courrier, ils annoncent un changement de politique majeur :
YouTube offrira à tous les créateurs la possibilité de rejoindre à nouveau la plateforme si leurs chaînes ont été supprimées pour violation répétée des politiques relatives au COVID‑19 ou à l’intégrité des élections, politiques qui ne sont désormais plus en vigueur.
Cette reconnaissance a déjà produit des effets concrets.
Dans les faits, plusieurs chaînes emblématiques ont récemment été restaurées :
la chaîne de Silvano Trotta, fermée en octobre 2020, a été rétablie le 26 septembre dernier après une demande formelle ;
la chaîne France Soir, supprimée en mars 2021 alors qu’elle comptait plus de 270 000 abonnés, a été restaurée le 10 octobre.
Pour toutes les personnes dont les contenus ou les comptes ont été censurés durant la période du COVID‑19, il est donc désormais possible de solliciter la réouverture de leurs chaînes et la republication de leurs vidéos.
Dans leur lettre, les avocats de Google formulent également des critiques à l’encontre du Digital Services Act (DSA) de l’Union européenne.
Ce texte s’inscrit dans la continuité du code de conduite contre la désinformation élaboré par la Commission européenne. Or, ce dispositif prévoit la possibilité pour les très grandes plateformes de restreindre ou supprimer des contenus même lorsqu’ils sont licites.
Cette faculté soulève une difficulté majeure : elle fait peser un risque réel sur la liberté d’expression, en confiant à des acteurs privés un pouvoir quasi‑réglementaire de censure.
Ces révélations démontrent une réalité essentielle : la liberté d’expression n’est jamais définitivement acquise. Même dans des démocraties qui se présentent comme des modèles en la matière, elle peut être restreinte, contournée ou supprimée au nom de l’urgence, de la sécurité ou de la lutte contre la désinformation.
La crise du COVID‑19 a agi comme un révélateur du pouvoir considérable des plateformes numériques et de leur vulnérabilité aux pressions politiques.
Les aveux successifs de Twitter, Meta et Alphabet marquent un tournant. Ils obligent à repenser le rôle des plateformes, les limites de la modération des contenus et les garanties effectives de la liberté d’expression.
Plus que jamais, la vigilance s’impose. Défendre la liberté d’expression consiste aussi à dénoncer toute forme de censure, y compris — et surtout — lorsqu’elle émane des pouvoirs publics dans des contextes présentés comme exceptionnels.
